10 avril 2008
L'épopée pelée chapitre neuvième.
Chapitre 9 :
Où un horrible crime de lèse-Charles Bronson est commis.
Maintenant que la première phase de la mission de nos amis a été accomplie avec succès (du moins, c'est le point de vue de Maybee et de Screamy), il est temps de faire une petite ellipse d'environ une dizaine d'heures. Arno se rendait à la rédac' de son pas habituel, c'est à dire, pas très primesautier, ni très pressé. D'ailleurs, il sentait l'angoisse lui nouer les tripes et le genou qu'il s'était bousillé il y a fort longtemps lui faisait assez mal, ce qui n'augurait rien de bon. Il transportait dans sa poche une disquette soi-disant tapée par un Stef' soi-disant malade et espérait le succès de la supercherie. Arno, les poils de la moustache hérissés, atteignit cependant sans encombre les locaux de la rédac'. Il s'installa à sa place habituelle, non sans avoir salué ses collègues d'un signe de tête. Tout en allumant son mac pourrave, il effectua une série de travellings oculaires et surprit deux fouines qui le dévisageaient ouvertement avec circonspection et une troisième, celle à la camisole qui lui souriait de toutes ses dents en faisant miroiter son rasoir à la lumière de la fenêtre bardée de barreaux solides.
Des barreaux solides ? ? ? ? C'était nouveau, ça ! Il n'y avait pas de barreaux, hier !
Une main s'abattit soudain sur son épaule. A sa grande consternation, Arno ne put s'empêcher de pousser un cri.
_Vous me paraissez bien tendu, Arno, dit Saroumane, en raffermissant sa poigne avec un grand sourire carnassier.
D'un seul geste du magicien, toutes les fouines se jetèrent sur le malheureux journaliste et l'emmenèrent de force dans le bureau de Saroumane.
Deux minutes plus tard, Arno, suant et la gorge nouée regardait avec consternation le bureau complètement dévasté de Saroumane. Lorsqu'on l'avait fait entrer dans la pièce, il avait immédiatement saisi l'ampleur du désastre : l'expédition de Stef' et compagnie n'était pas passée inaperçue. C'était pourtant en désespoir de cause qu'il avait décidé de couvrir son meilleur ami jusqu'au bout, voire même jusqu'à la mort s'il le fallait.
_Reprenons depuis le début, déclara le magicien blanc en costume de tweed, ses longues mains croisées sur sa poitrine. Vous affirmez que votre collègue et ami Stef' est malade?
_C'est vrai, se défendit Arno qui n'en menait pas large sous ce regard inquisiteur et froid. Je suis passé chez lui, il avait une sale mine... enfin... pire que d'habitude, quoi ! Mais il m'a quand même remis cette disquette, pour pas qu'on perde trop de temps à l'élaboration du nouveau numéro...
_N'était-il pas plus simple pour lui d'envoyer un courriel ? fit mine de s'étonner Saroumane. C'est ce qu'il fait souvent lorsque l'envie lui prend de faire... l'école buissonnière.
_Euh... c'est que... balbutia Arno le front luisant de sueur. C'est que son modem est naze, voilà !
_Toi, tu mens très mal, mon coco ! intervint soudain l'une des fouines, le chef du groupe, en lui administrant une tape sur le crâne.
Comme répondant à un signal tacite, les autres fouines sautèrent sur Arno et l'attachèrent solidement au fauteuil à haut dossier sur lequel on l'avait assis de force. Les épaisses cordes de chanvre passées autour de ses chevilles et de ses poignets lui déchiraient cruellement la peau. Une de ces affreuses bestioles apporta une casserolette pleine de cire bouillante et on étala de cette matière molle mais brûlante sur la grosse moustache d'Arno qui hurla de douleur lorsque la cire se fraya un chemin entre ses poils drus et lui brûla l'épiderme.
_Nous connaissons les moyens de mater ces esprits rebelles, murmura Saroumane en lissant sa longue barbe soigneusement brossée. Quiconque se moque de Saroumane le paie très cher !
_Tu vas parler, ordurrrre ? ordonna la fouine à l'accent italien en donnant une grande mandale à Arno. Où ils sont, tes petits copains ?
Cela faisait maintenant une bonne demi-heure que les fouines harcelaient Arno de questions, n'hésitant pas à le rudoyer de la plus vile des manières. Les baffes s'étaient abattues impitoyablement, on avait tiré sans ménagement sur la bande de cire étalée sur sa moustache, arrachant d'un seul coup les poils soyeux qui avaient fait sa fierté virile. Pour couronner le tout, la fouine à casquette à hélices, la plus débile de toutes, s'était même amusée à lui enfoncer des frites pleines de ketchup dans les narines, à la grande joie de ses copines. Mais Arno se montra stoïque et ne balança aucune information compromettante.
Finalement, agacé par ce mutisme obstiné, Saroumane fit un signe discret au chef des fouines qui sortit prestement avec un ricanement sourd.
_Ce n'est pas du courage mais de la bêtise, monsieur Arno, tonna le magicien en tweed. Votre ami Stef' s'est infiltré dans mon bureau cette nuit et m'a dérobé un objet auquel je tiens beaucoup. Il y va de votre vie, oui, de votre VIE, s'il ne m'est pas restitué.
_Je ne dirai rien ! Je pense que tu gagnerais plus de temps en allant te frotter les roupettes avec du papier de verre.
Une lueur menaçante fulgura de sous les sourcils broussailleux du magicien, mais un sourire cruel éclaira son vieux visage.
_Il me faut donc arriver à cette extrémité?
La fouine au borsalino revint, une affiche à la main.
_Je pense que ceci vous appartient, dit Saroumane.
Arno avala péniblement sa salive : c'était son affiche fétiche de Charles Bronson, dédicacée par l'acteur, véritable dieu vivant, hélas maintenant bien mort, pour le journaliste.
Saroumane fit signe à la fouine au borsalino qui sortit un zippo de sa poche et l'alluma, un sourire sadique aux lèvres.
_NoooooOOOOOOooooooooOOOOOOOOoooooooooooOOOOOOn ! ! ! ! ! Hurla Arno tandis que les flammes léchaient un coin de l'affiche qui noircit et commença à se gondoler.
_Parlez vite, Arno, murmura Saroumane. Ou le feu va accomplir son oeuvre destructrice. Où est votre ami ?
_Il... il est parti en Mordor libérer Raf, répondit précipitamment Arno, les joues inondées de larmes.
Saroumane leva un sourcil :
_Ce fou est parti seul ?
-Non, avec les trois personnes que vous avez vues hier, cria Arno fou de rage. Eteignez ce feu, espèce de gros salopard en tweed !!!
L'affiche était peu à peu grignotée par les flammes. Lorsque la signature du grand Charles fut en partie dévorée, cela fut trop horrible pour Arno qui tomba dans les pommes.
_Héhéhé ! ricana la fouine à l'accent italien. Il est morrrrrr, le bad ass !
Maaaaaaaaaaaais, que va-t-il se passer ? Arno va-t-il se remettre de cette éprouvante séance de torture ? Saroumane va-t-il rattraper nos amis ? Et pourquoi tant de violence ? Toutes ces questions et bien d'autres trouveront leur réponse dans la suite de notre serial !
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