14 avril 2008
L'épopée chapitre dixième.
Chapitre 10
L'infâme homme-spaghetti.
_Ces jeunes gens que je croyais si insignifiants vont me donner bien du fil à retordre, se dit Saroumane tandis que les orcs emmenait un Arno inanimé dans le Donjon aux Archives où il trierait les documents amoncelés depuis des années pour le restant de ses jours. Ils ont réussi à venir à bout de mon terrible SiFuruk-Haï, si je dois en croire la dévastation totale de mon bureau et l'absence de débris humains. Je pourrais claquemurer le passage qui mène au Mordor, mais le vol de mon précieux Palantir corse le tout. Je vais devoir envoyer mes fouines et mes orcs, mais je crains que cela ne suffise pas. Il va falloir que je fasse appel à...
Saroumane se tut, comme contrarié ou trop horrifié pour prononcer le nom de celui qu'il allait envoyer. Avec un grand soupir, il se dirigea vers les escaliers en colimaçon menant à la Tour Nord, communément appelée aussi la Tour des Corbeaux. Arrivé à mi chemin, les accents morbides d'une sinistre musique lui caressa les oreilles comme les ailes d'une chauve-souris câline.
...You're not the only one I've ever had
And if I say I wanna set you free
Don't you know you'll be in misery
They call me (Dr. Love)
They call me Dr. Love (calling Dr. Love)
I've got the cure you're thinkin' of (calling Dr. Love)
Puis une voix distordue sussura :
And even though I'm full of sin
In the end you'll let me in
You'll let me through, there's nothin' you can do
You need my lovin', don't you know it's true
Les dents de Saroumane grincèrent. Il allait devoir supporter cette musique de dégénéré en plus du caractère imprévisible de l'habitant de cette tour sinistre, gardée par de non moins sinistres corvidés aux ordres d'un être bien plus sinistre encore : l'imprévisible et sinistre Néon ! Bref, Saroumane allait avoir une entrevue houleuse avec cet individu étrange, qui se définissait volontiers comme étant mysophile et philophobe. A vraie dire, seuls les corbeaux, et aussi les vers, trouvaient grâce à ses yeux. D'ailleurs, les fouines murmuraient qu'il entretenait avec les ténébreux volatiles des relations contre-nature. D'où, sans doute, la disparition constante de rouleaux de chatterton, médisaient les sournoises complices de Saroumane.
D’un geste impérial, Saroumane ouvrit violemment la porte de bois des appartements du sinistre Néon... et manqua se manger le battant en pleine poire quand celui-ci se referma violemment.
_Huhuhu, ricana une voix méprisante.
_Ca suffit ce petit jeu, s'impatienta déjà Saroumane en frappant sur la porte. Je veux m'entretenir avec vous !
_Tu pouvais pas frapper avant, vieux schnock ? répondit une voix à la fois flegmatique et sardonique.
La porte s'ouvrit à nouveau en grinçant et Saroumane fit irruption dans la pièce, ses joues creuses empourprées de colère. Ce n'était pas une chambre mais un bordel innommable. Le sol était jonché de plumes de corbeaux, de fientes de corbeaux, de dessins de corbeaux et de chaussettes d'humains. Les murs étaient tapissés d'esquisses brillamment exécutées, mais au caractère indéniablement morbide. Des poutres noires servaient de reposoir pour les nombreux corbeaux qui lorgnaient Saroumane d'un oeil peu amène et l'un d'entre eux avait même fait son nid dans un vieux slip usagé. Mais l'élément le plus insolite et le plus inquiétant trônait au centre de ce capharnaüm : affalé sur une chaise noire à haut dossier, une longue jambe passée par dessus un accoudoir tendu de velours rouge et se terminant par une serre de quelque oiseau fabuleux sculpté dans le bois, Néon examinait le magicien avec un petit sourire en coin qui en disait long sur son mépris. Ses cheveux dressés sur son crâne et ses vêtements étaient aussi noirs que le plumage de ses corbeaux. Sa silhouette évoquait un spaghetti carbonisé.
_Pourquoi viens-tu m'emmerder, vieux con mal fringué ? s'encquit aimablement Néon.
_L'heure est venue de vous montrer utile, jeune insolent, fulmina Saroumane tandis que les sourcils et les poils de sa barbe se hérissaient de façon menaçante. J'ai une mission pour vous.
_J'ai le dernier Marilyn Manson à écouter. Et l'intégrale de Tool aussi.
_Mais c'est de la plus haute importance !
_Tiens, faut que je termine aussi ce dessin, continua Néon en ramassant d'un geste plein d'indolence un dessin au stylo bille au pied de sa chaise. Et j'ai envie de reprendre mon blog (huhuhu !)
_Vous allez lever vos fesses rachitiques de ce fauteuil et partir en Mordor avec vos corbeaux ! hurla pour de bon Saroumane.
Le jeune homme considéra un instant Saroumane avant de lâcher :
_Je te chie dessus.
A ces mots, Saroumane explosa littéralement. Un vent violent suivi d'éclairs aveuglants dévasta toute la pièce. Les feuilles de papiers, les plumes et les corbeaux eux-mêmes tourbillonnèrent follement. Le rugissement du vent et la détonation produite par chaque éclair étouffèrent même la musique.
_Ok, c'est bon, soupira Néon qui comprit qu'on ne pouvait pas envoyer paître un enquiquineur avec de pareils arguments. Je vais y aller, à ton Mordor à la con.
Ces paroles pleines de sagesse eurent l'effet immédiat de calmer Saroumane. Le vent retomba, ainsi que quelques cadavres foudroyés de corbeaux.
Saroumane lissa sa barbe hérissée par la colère et la tempête. Néon ne prit même pas la peine de se recoiffer et de débarrasser ses vêtements des plumes noires qui y étaient collées, il se trouvait très bien comme ça.
_Et qu'est-ce que je suis censé faire au Mordor ? demanda-t-il en dépliant sa grande carcasse une fois qu'il se fut levé de sa chaise.
_Vous devez retrouver ces quatre personnes, dit Saroumane en tendant des photos prises à l'insu de Maybee, Oingo, Screamy et Stef' lors de la visite des trois provinciaux la veille.
Néon étudia rapidement la figure de Maybee qu'il jugea parfaitement insignifiante, regarda celle de Oingo et se dit qu'il avait l'air d'un gars bien sympa quoiqu'un peu trop joyeux, passa vite fait sur Stef' qu'il connaissait déjà et se figea devant le portrait de Screamy. Une onde de dégoût traversa son visage :
_Haaaaaa ! mais je la connais, elle, là ! Mais elle est moche avec cette casquette !
_Si vous la connaissez, tant mieux, vous n'aurez aucun mal à la repérer.
_Ouais, dès que je la chope, je l'étouffe avec un coussin. Je l'aime pas.
_Vous en faîtes ce que bon vous semble, mais surtout, ramenez-moi mon Palantir ! Je vous promets une belle récompense.
_Si je peux la torturer et la massacrer après, je serais déjà bien content, répondit Néon en tapotant la photo de Screamy du bout du doigt.
Maaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaais, que va-t-il se passer ? Pourquoi Néon déteste-t-il autant Screamy ? Va-t-il réussir à la massacrer à coups de coussin ? Et qu’est-ce que ce Palantir ? Que deviennent nos amis dans tout ça ? Vous le saurez dans le prochain épisode du serial !
